Publié dans Art Press n°352 , janvier 2009

Chez Laurent Le Deunff, la question devient : comment se regarder ? Sa nouvelle série de dessins, intitulée Autoportrait dans la nature, se constitue à partir d’images capturées dans des vidéos réalisées par Anne Colomès au cours d’un séjour au Canada et, plus précisément, d’une traversée des provinces de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. L’autoportrait implique dès le départ un autre regard que celui de l’artiste. C’est donc souvent de loin, de dos, incertain, isolé, fragile, qu’il tente de se représenter comme partie intégrante d’une certaine idée de la nature, mélange fortement dosé de végétal, du minéral et d’une pluralité animale. Par une intelligente gestion du blanc, le dessin a une qualité nuageuse qui amplifie sa force visuelle. Il facilite l’accès à la mémoire, l’imaginaire, et protège le regard d’une lumière trop éblouissante. La silhouette de l’artiste clignote, vacille comme un indéfinissable signal dans l’ampleur souvent très dominante du paysage. Il s’agit de se démasquer, exercice difficile, paradoxal, qui n’est pas praticable sans une forme de ruse, mais qui exige aussi une part insistante de sincérité. Chez Laurent Le Deunff, l’autoportrait, en quelque sorte cautionné par la nature, dans une version excessive, proliférante, fonctionne comme les restes diurnes d’un rêve ; et pour donner à ces restes une cohérence, il explore, dans les formes troublantes de la réalité, les possibilités d’en rendre compte.